• Une naissance très prématurée, c’est un traumatisme

    Je relaie ci-après le témoignage d'Alexandra D. porté à ma connaissance par la maman de Tim.

    Marie-Aude

    Une naissance très prématurée, c’est un traumatisme.

    Pourtant, tout le monde ne mesure pas l’ampleur des dégâts émotionnels et y va de sa petite phrase anodine, son commentaire bateau. Nous, parents de grands prématurés, avons l’impression d’entendre souvent les mêmes choses qui, au lieu de nous rassurer, nous énervent.
    « Oh mais il ne marche pas encore, ton bébé ? Mais il a 16 mois pourtant ! »

    Un grand classique. Ce que les gens ignorent, c’est qu’un bébé prématuré conserve pendant les premières années de sa vie deux âges : l’âge réel (celui de son arrivée au monde) et l’âge corrigé (l’âge qu’il aurait dû avoir s’il était né à terme). Si pour ses 10 ans cet écart ne compte plus, à 16 mois, 3 mois de moins font une énorme différence pour tout ce qui concerne l’éveil et le développement psychomoteur.
    Et cela, beaucoup de personnes l’ignorent et remuent le couteau dans la plaie sans se rendre compte qu’un enfant prématuré évolue à sa manière, en fonction des événements qui ont entouré sa naissance et des difficultés qu’il a connues.

    Je fréquente moins les forums de parents prématurés que par le passé (ma chouquette fêtera ses 10 ans dans quelques jours) mais j’y passe encore pour prendre des nouvelles de certaines familles concernées par la prématurité. Et bien souvent je lis que les remarques blessent, même si elles n’étaient pas formulées à la base pour faire du mal…
    La maladresse règne, car la grande prématurité s’avère un sujet compliqué à appréhender pour ceux qui ne sont pas passés par la case de la réanimation ou du service néonatal.

    Encore trop de personnes se disent qu’après un an de vie de son enfant né en avance, tout est oublié car « il est sorti d’affaire ».

    Non. La grande prématurité laisse des séquelles aux parents, des stigmates dans les esprits, marqués par cette douloureuse épreuve. Bébé, quant à lui, peut présenter des troubles de plus en plus prononcés en grandissant. Certes, il a survécu mais croyez-vous vraiment que nous allons tout oublier aussi facilement ? L’angoisse, les alarmes de désaturation, les capteurs, l’oxygène…
    Certes, nous avons claqué les portes de l’hôpital mais pour certains d’entre nous, nous y sommes restés 4 mois : des semaines à espérer le meilleur tout en redoutant le pire.

    Des journées à câliner les petits morceaux de peau non couverts par les besoins d’une hospitalisation longue durée.
    Ne venez pas nous dire que « c’est du passé, n’en parlons plus ». Parlons-en au contraire. Laissez-nous évoquer ce monde que nous n’aurions jamais dû voir, cette dimension parallèle où l’ombre revêt un aspect si inquiétant.

    Mettez-vous quelques instants à notre place et comprenez notre ras-le-bol d’entendre des platitudes. Voyez plutôt nos larmes derrière les sourires de façade.
    La grande prématurité, c’est un traumatisme.

    Cela ne se gomme pas même après des années. Il y a aura toujours cette petite cicatrice en nous, celle-là même qui nous empêche de regarder les émissions consacrées au sujet de la grande prématurité. Si l’on se replonge dedans, les larmes montent immédiatement, signe que la blessure est à vif et que le pansement bien prompt à sauter…

    C’est en reconnaissant cette douleur – notre douleur – que vous nous aiderez à nous sentir mieux et certainement pas en la niant à coup de phrases du style « oh mais faut arrêter avec cela. Ton bébé va bien maintenant »..."